Entretiens de l’Observatoire : Jennifer Savina – Episode 1

Pour ce premier volet des entretiens de l’Observatoire de la Communication et du Marketing 2020, nous sommes allés à la rencontre de Jennifer Savina, Fondatrice et Directrice associée de l’agence de consulting international en événementiel, la Créative Boutique.

Comment a-t-elle vécu la crise sanitaire qui a touché le secteur de l’événementiel de plein fouet. Comment s’est-elle adaptée face à la virtualisation forcée de ses projets? Quels sont les manques ressentis suite à cette situation? Jennifer nous partage son opinion et son expérience sur ces problématiques.

 

jennifer savina entretien de l'ObservatoirePeux-tu nous présenter la Créative Boutique, nous parler de tes clients et de ton métier ?

La Créative boutique est une agence de consultants en événementiel. Nous accompagnons les professionnels dans l’organisation de leurs projets : des séminaires, des soirées, des participations à des salons, des congrès…

Nos projets sont à 80-90% internationaux. Nous travaillons soit avec des clients français qui ont des projets à l’étranger, soit sur des projets qui sont organisés en France, mais avec un public international.

 

Tu te définirais plus comme une agence ou comme un indépendant ?

Nous nous présentons comme des consultants, ce qui n’est pas la même chose qu’une agence. En tant que consultants, nous nous intégrons sur le long terme à l’équipe de communication de notre client, dont nous sommes le « bras armé » événementiel. Nous intervenons d’ailleurs parfois en sous-traitance pour d’autres agences événementielles.

Je pense qu’aujourd’hui les entreprises cherchent la compétence, la spécialisation, la souplesse. Ils aiment avoir une personne qui coordonne et qui sache aller créer l’équipe adaptée à chaque projet.

Cela leur permet d’être en lien avec une personne qu’ils connaissent bien, qui connaît leurs problématiques, et qui sait répondre à travers son réseau de compétences à différentes problématiques.

 

 

L’événementiel a été particulièrement touché par la crise sanitaire. Peux-tu nous expliquer quelles sont les difficultés particulières de ce secteur ?

Effectivement, le secteur de l’événementiel a été parmi les premiers touchés : avant même que tout le monde soit confiné nos événements avaient des réductions de jauge, des mesures de distanciation… Pendant le confinement, tout s’est évidemment arrêté. et nous n’avons malheureusement pas repris avec le déconfinement. Les restrictions se durcissent ou s’allègent, mais on n’a pas vraiment de visibilité. On a beau mettre tout ce qu’on veut en place avec la meilleure volonté du monde, on n’a pas toujours l’autorisation d’organiser nos événements.

Et quand bien même nous parvenons à obtenir une autorisation, nos clients ne veulent souvent pas prendre le risque d’organiser des événements, pour des raisons de responsabilité qui peuvent complètement se comprendre d’ailleurs.

 

Donc, il y a une perte sèche de chiffre d’affaires pour ton secteur d’activité ?

Oui. Début juillet, 4500 salons avaient été annulés, et 3000 reportés. Il y a eu 27,7 milliards de pertes dans le secteur des salons au niveau mondial (15 milliards en Europe).
Au niveau régional, mêmes tendances.

D’après l’enquête de l’Observatoire 2020, Quand on regarde l’impact sur le chiffre d’affaires des agences, des freelances et des prestataires, il y en a eu quand même 40% qui ont eu 50% de chiffre d’affaires en moins ; et une moyenne de 20% entre les freelances et les agences qui disent qu’ils ont eu une perte totale du chiffre d’affaires.

Bref, c’est un moment extrêmement compliqué. Heureusement, il y a une certaine solidarité dans notre secteur, avec notamment des initiatives comme « Alerte Rouge » qui sont montées au créneau pour nous défendre et faire parler de notre secteur.

Comment peut-on s’adapter, qu’est-ce que vous avez fait pour continuer à travailler ?

Dès le départ du confinement, j’ai très vite accompagné mes clients sur la virtualisation de leurs projets. Ces événements à 100% en digital, c’était quelque chose de nouveau pour moi comme pour eux, nous avons avancé en expérimentant et en allant chercher les bons partenaires spécialistes du web.

Le premier de ces projets était pour un de nos gros clients, que nous accompagnons sur la logistique et la communication autour de leurs salons professionnels internationaux.  Ils devaient participer à un important salon en avril à Barcelone, donc trois semaines à peine après le début du confinement.

Evidemment, il a été annulé. Leur stand était pourtant entièrement prêt à être déployé. Nous l’avons remplacé par un stand virtuel qui proposait des vidéos, des contenus, un chat pour permettre aux visiteurs d’ échanger avec les commerciaux.

Cela a très bien fonctionné. Mais tout événement ne s’adapte pas au virtuel. En fonction de la spécialisation des différents professionnels de notre métier, c’est plus ou moins facile à faire.

Trouves-tu des avantages à cette virtualisation forcée ? 

Clairement, notre secteur a gagné 3 ans sur la virtualisation. Le sujet était déjà dans les tendances avant le confinement, mais avec encore beaucoup de réticence de la part des organisateurs. Puisque nous n’avions plus le choix, on a tous fait le pas et les solutions se sont développées à vitesse grand V.

Pour des événements qui sont réfléchis au départ en 100% virtuel, il y a beaucoup d’avantages parce que les coûts fixes sont moindres. Pour des projets prévus en présentiel que nous devons virtualiser « faute de mieux », c’est plus compliqué de trouver un équilibre économique pour nos clients.

Quel est selon toi le plus gros manque ressenti par tes clients suite à cette situation ?

Certaines enquêtes menées auprès de responsables marketing en B2B, dont celle de la Bubble Agency, font état d’une nette visibilité de la marque lorsqu’on passe au tout virtuel. Pour moi, c’est clairement le manque de networking qui constitue le manque numéro 1.

En termes de communication commerciale, ce manque de relation entre les commerciaux et les clients va avoir un impact sur les ventes. En communication interne, réussir l’intégration de collaborateurs en virtuel c’est… un challenge, pour le moins !

Tous les ans, nous organisons en janvier le séminaire d’un de nos clients. Généralement à l’étranger, pour cette année par prudence on avait travaillé sur un événement en France. Et nous venons de décider que ce séminaire allait être « semi-virtuel ».

Comment ?  Au lieu de réunir au même endroit les 60 collaborateurs de l’entreprise, nous allons constituer 6 groupes de 10, groupes qui pourront interagir entre eux à distance. C’est un défi, mais c’est intéressant dans le sens où il faut qu’on réinvente ce que l’on propose.

Est-ce que tu t’es fortement appuyée sur tes propres réseaux pour œuvrer à cette transition digitale ?

Si je ne travaillais pas dans un écosystème de réseaux (et notamment Place de la Communication), j’aurai beaucoup plus de mal à trouver les graphistes, spécialistes de la vidéo ou de l’inbound marketing… qui sont nécessaires pour que mes clients bénéficient d’une solution clé en main. Le digital à la base, ce n’est pas mon métier, mais on adapte la logique de l’événementiel, du happening, de comment créer de l’émotion sur un autre format et c’est ça qui est intéressant. C’est ça qui nous motive dans cette période que nous traversons. Cela nous pousse à la créativité, à innover. Cela nous pousse dans nos retranchements.

Ce qui me motive, c’est encore et toujours de partir de la problématique de mon client et d’imager une solution événementielle originale pour y répondre. Qu’ils soient physiques ou virtuels, nos événements doivent continuer à générer de l’échange… voire de l’émotion.

Et comme disait Darwin : ceux qui survivent le mieux ne sont pas les plus forts, ni les plus intelligents, mais ceux qui s’adaptent le mieux aux changements. Ceux qui arriveront à être présent, à rester présents, seront renforcés dans l’utilité et la valeur ajoutée de leur métier.

 

 

Les résultats de l’Observatoire de la Communication 2020

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Jennifer Savina, fondatrice et directrice associée de la Créative Boutique

 

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