Le métier d’UX Writer expliqué en 7 idées reçues

Article UX Design Place de la Communication

L’UX Writer, ou parfois appelé Content designer, est de plus en plus évoqué. Des offres apparaissent, la communauté grandit, les contenus francophones émergent (enfin !), et les designers semblent conquis par ce profil complémentaire.

Oui, mais que fait-il exactement sous son nom anglophone ?

Qu’est-ce qui le différencie d’un rédacteur web ?

Que fait-il de plus d’un UX designer ?

Est-il vraiment utile de faire appel à un UX Writer ?

Rédactrice web depuis près de 2 ans, je me suis passionnée pour l’UX Writing fin 2019. Et, depuis, j’ai échangé avec plusieurs UX Writers. J’en ai même interviewé certainement sur mon podcast Le Brief. Le constat est sans appel : les idées reçues sont nombreuses !

Passons-les en revue, voulez-vous 🙂

Découvrez le métier d’UX Writer expliqué en 7 idées reçues. J’espère que l’article vous éclairera sur cette nouvelle spécialité, qui a tant à apporter pour améliorer l’utilisation des sites web et des applications.

Idée reçue n°1 : L’UX Writing, encore un nouveau métier à la mode !

Développeurs, ergonomes, UX designers, UI designers, product designers… L’évolution d’internet et du digital a apporté son lot de nouveaux métiers. Et c’est loin d’être fini.

Il y a quelques années, un petit nouveau a fait son entrée : l’UX Writer.

Façonné chez les plus grands, tels que Google, Microsoft, Facebook, Airbnb ou encore Blablacar, l’UX Writing prend peu à peu sa place dans le paysage de la conception d’interfaces (site web, application, logiciel).

Depuis 2 ans, le nombre d’UX Writers explose. Mais pour le moment, il y a encore peu de demandes de la part des entreprises.

Alors, est-ce une tendance qui va s’essouffler ? Ou est-ce un réel métier qui va perdurer ?

De mon point de vue, partagé j’en suis sûre par de nombreux écrivains et designers, l’UX Writing n’en est qu’à ses débuts et a de beaux jours devant lui ! Pourquoi ?

D’une part, parce qu’Internet a été conçu pour informer et partager des connaissances. Et bien sûr, pour diffuser cette information, il faut bien l’écrire. Progressivement, des métiers, tels que l’ergonome, ont émergé pour structurer cette information.

Malheureusement, il semblerait qu’au fil de l’évolution d’Internet, on ait perdu son essence même. Le terme anglophone “design” a envahi le web, dont on a perdu le sens premier, pensant qu’il est synonyme du beau. Or, ce mot signifie la conception.

Certes, l’esthétique joue un rôle fondamental dans la satisfaction d’une expérience digitale. Mais une esthétique seule ne peut pas favoriser l’utilisabilité d’un service. Ce sont les mots, associés à une conception utile, qui vont faciliter l’utilisation et vont guider l’utilisateur sur une interface.

Que serait Airbnb sans contenus textuels ?

Airbnb Place de la Communication

Que serait Facebook sans mots ?

Facebook Place de la Communication

Le design aide l’utilisateur, mais sans mots, difficile de l’aiguiller et de l’encourager à interagir.

Un bon texte, utile et qui rend utilisable une interface, est invisible. On a aucun effort à faire. On se laisse guider.

D’autre part, les UX/UI designers sont en demande. Eux façonnent l’interface, tels des architectes. Ils définissent la structure d’une interface web ou mobile, les parcours utilisateurs, et placent idéalement les éléments graphiques d’un site pour créer des expériences mémorables. Mais, ils n’ont pas pour rôle d’écrire. Ils ne peuvent pas tout faire. Même si certains sont sensibles aux mots.

Idée reçue n°2 : L’UX Writer est un écrivain

Oui, l’UX Writer est un écrivain. Il écrit la microcopie, c’est-à-dire les petits contenus et phrases qui composent une interface web ou mobile.

Par exemple :

  • Des titres
  • Les mots des boutons
  • Des messages de confirmation
  • Des messages d’erreurs
  • Des mots dans un formulaire de recherche, de contact ou encore d’inscription
  • Des mots sous les icônes d’une application
  • Des messages pour inciter à l’action
  • Des mots pour l’onboarding d’un nouvel utilisateur sur une application
  • Des mots pour féliciter suite à une action
  • Des notifications
  • Etc.

Strava Place de la Communication

En bas, les icônes de navigation sont accompagnées de mots pour orienter et inciter l’utilisateur à faire une action.

Source : Blog de Strava

L’UX Writer écrit ces micro-contenus, mais cette phase d’écriture est la phase finale. Elle est réfléchie bien en amont, est issue de recherches et de prises de décisions en équipe.

À la différence d’un écrivain, l’UX Writer est avant tout un designer. Il participe à la conception d’une interface.

Ses missions sont multiples, et varient selon les besoins de l’entreprise et des utilisateurs.

Son job est de faire coïncider les objectifs de l’entreprise avec ceux des utilisateurs.

Pour cela, l’UX Writer peut être amené à :

  • Élaborer la voix de l’entreprise et à définir le ton.
  • Réaliser des entretiens auprès des utilisateurs, pour mieux les comprendre et cerner leur façon de parler.
  • Faire des recherches en parcourant les documents internes, en fouillant sur les réseaux sociaux, pour comprendre l’organisation et les utilisateurs.
  • Rédiger des guidelines, pour harmoniser les éléments de langage sur les interfaces et entre les équipes d’une entreprise.
  • Participer à la conception d’une interface.
  • Sensibiliser les équipes aux mots, former les designers.
  • Conseiller les équipes et travailler sur des projets ponctuels.
  • Réaliser des audits d’interfaces.
  • Écrire des contenus qui parlent aux utilisateurs, facilitent leur navigation et les encouragent à mener des actions.
  • Inclure dans sa pratique les questions d’accessibilité et d’inclusivité.

Il y a donc de quoi faire lorsque l’on exerce le métier d’UX Writer !

Idée reçue n°3 : L’UX Writer remplace le lorem ipsum

Après avoir lu le paragraphe précédent, vous avez bien compris que l’UX Writer est plus qu’un écrivain.

Pourtant, trop souvent, on me demande d’intervenir lorsque les maquettes d’un site internet ou d’une application sont créées. On me dit qu’il faut écrire plus ou moins 30 mots ici ou là, à la place du célèbre lorem ipsum.

À vrai dire, je ne comprends pas comment concevoir une interface sans penser à ce qu’il y aura dedans est possible… Si l’on crée un site web ou une application, c’est pour faire quoi ? Pour partager quelle information ? Pour mener quelles actions ?

En conséquence, j’opère aussi souvent un retour en arrière, parce que tel ou tel texte n’a pas sa place là où il était prévu. Ou parce que la place laissée est trop petite ou trop longue.

Ne pas penser aux contenus dès le début du processus de conception, c’est la garantie d’un retour à la case départ, ou d’un manque d’utilisabilité de votre interface.

L’UX Writer doit donc intervenir dès le début du processus de conception, en équipe, lors de :

  • La recherche utilisateurs : recueillir et comprendre les besoins.
  • L’idéation : mener une réflexion collective pour répondre à ces besoins.
  • La conception : transformer des concepts en prototypes.
  • L’évaluation : évaluer la conception auprès des utilisateurs, tester et itérer.

Si vous vous interrogez sur l’intérêt d’un UX Writer au sein de votre équipe design, échangez avec ceux qui exercent ce métier. Demandez-leur ce qu’ils peuvent faire et ce qu’ils peuvent apporter au produit.

Idée reçue n°4 : L’UX Writer n’est là que pour apporter une touche de cool et de fun

Que ce soit dans la vraie vie ou sur une interface, on pense qu’il faut être cool, voire drôle, pour être apprécié (et utilisé, lorsqu’il s’agit d’un produit digital).

Mais, ce n’est pas le côté “cool” ou l’humour qui fait que l’utilisateur utilisera votre interface, reviendra et en parlera autour de lui. C’est son utilisabilité. C’est-à-dire : sa compréhension, son ergonomie, son intuitivité, sa lisibilité…

La “coolitude” ou l’humour est en quelque sorte la cerise sur le gâteau… si cela correspond à votre voix d’entreprise, à votre identité de marque, et également à vos utilisateurs.

C’est le cas pour Back Market, Mano Mano ou encore Alan.

Black Market Place de la CommunicationLa mission de Back Market, tels qu’ils se décrivent.

Le cool ou l’humour, ok, mais pas au détriment de la compréhension.

Kinneret Yifrah, dans son livre Le guide de la microcopie, le résume parfaitement :

On croit souvent à tort que pour sonner humain, il suffit d’être drôle. Cette façon de voir les choses a parfois pu aboutir à de l’UX Writing qui en fait trop. Dans ces cas-là, on a l’impression que les auteurs ont tellement essayé d’être cools qu’ils en ont oublié qu’ils écrivaient pour de l’UX.

À la suite, elle donne de très bons conseils pour utiliser l’humour, si vous souhaitez effectivement en utiliser.

Idée reçue n°5 : L’UX Writer va écrire beaucoup trop de mots

Un designer peut être inquiet de voir un UX Writer débarquer dans son équipe. Va-t-il chambouler toute l’interface ? Va-t-il vouloir écrire trop de mots, qui amèneraient à repenser le site web ou l’application ?

C’est une idée reçue qui a la vie dure. Un écrivain a tendance à écrire des histoires, à s’appesantir, voire à parler pour ne rien dire.

Sauf que nous ne sommes pas dans un roman :). Et, rappelez-vous, l’UX n’est pas (seulement) un écrivain !

Nous écrivons sur une interface digitale, qui a ses codes et où il est bien plus difficile de retenir l’attention.

Savez-vous quel est le mantra de l’UX Writer ?

Clair, concis, utile.

  • Clair : on évite le jargon technique et lié au secteur d’activité, etc. On fait au plus simple, on adopte le langage de ses utilisateurs, on est compréhensible.
  • Concis : on raccourcit ses phrases. D’une part, parce que l’espace sur mobile est restreint. D’autre part, plus les messages sont courts, plus ils sont lus, plus c’est clair et moins il y a de risque d’erreur dans le choix de l’utilisateur ou lorsqu’il saisit des données. Aussi, la concision permet de mémoriser facilement les choses. Il est plus facile de mémoriser quelques mots qu’une phrase de 20 mots.
  • Utile : on écrit pour les utilisateurs, on va droit au but, on répond à leurs besoins, et on facilite leur navigation et leur passage à l’action.

Le but de l’UX Writing est de limiter les efforts, guider, motiver, accompagner, rassurer, encourager, féliciter, grâce au pouvoir des mots. Pas de s’appesantir.

Idée reçue n°6 : L’UX Writer n’est pas un vendeur

En quelques années, la rédaction web s’est spécialisée. Les écrivains ont développé leurs compétences et leur expertise, avec l’évolution du web.

Parmi eux, on retrouve :

  • Le rédacteur web SEO, qui écrit des articles de blog.
  • Le copywriter, qui écrit des contenus accrocheurs, des pages de vente et des fiches produits.
  • Le storyteller, qui raconte par exemple l’histoire d’une entreprise.
  • L’UX Writer, qui guide des utilisateurs sur une interface.
  • Le community manager (si on s’intéresse uniquement à la partie rédaction pure et non à l’animation de communauté).

On a tendance à dire que le copywriter est le vendeur, puisque son objectif est de convertir des cibles grâce à ses écrits. L’UX Writer intervient plutôt lorsque l’achat a été réalisé, pour guider les clients dans leur utilisation du produit digital.

Mais dans les faits, les deux métiers collaborent ensemble.

Lorsque j’écris les contenus d’un site, je suis amenée à écrire des contenus accrocheurs pour convertir et également à écrire des contenus pour guider et rassurer.

Si l’on reprend l’exemple d’Airbnb, le site internet est le produit. Il guide l’utilisateur et l’encourage à passer à l’action.

Un utilisateur satisfait est un utilisateur qui revient, et qui va en parler à d’autres. C’est de la vente, et du design.

Pourquoi vouloir scinder ?

Idée reçue n°7 : L’UX Writer intervient ponctuellement

Cette idée reçue est en partie vraie.

Selon les besoins de l’entreprise et des équipes design, l’UX Writer peut intervenir ponctuellement ou alors de façon permanente.

Par exemple, un UX Writer freelance ou mis à disposition par une agence, peut intervenir ponctuellement pour :

  • Former des designers, pour qu’ils deviennent des référents de l’écriture.
  • Être un appui, conseiller et aider les équipes.
  • Définir la voix d’entreprise.
  • Rédiger les guidelines.
  • Faire la passation ou faire monter en compétences un UX Writer en CDI.

Mais pour une entreprise qui fait appel à un freelance ou un prestataire, difficile de s’en passer ensuite ;).

Lorsqu’un UX Writer est embauché, il fait partie intégrante de l’équipe design, même s’il peut être parfois rattaché au service marketing. Mais encore une fois, l’une ne s’oppose pas à l’autre. L’UX Writer est transversal, il travaille avec l’ensemble des services d’une entreprise : marketing, vente, design, juridique, etc.

Alors, après cette lecture, le métier d’UX Writer vous semble-t-il plus clair ?

Je serai ravie d’avoir vos questions et remarques en commentaires ou sur les réseaux pour prolonger la discussion :).

Par Apolline Rouzé, UX Writer & Copywriter Freelance

Contact : 

Linkedin

Crédit image : https://labow-yellow.fr/design/ux-writing-ou-comment-bien-ecrire-pour-le-web/

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lettre d’information

Retour haut de page