Rencontre avec Julie VIGNERON

Illustratrice indépendante

Quel est ton lien personnel avec la RSE ?

Pour moi, la Responsabilité Sociétale des Entreprises, ce n’est pas seulement une liste d’actions écologiques ou sociales. C’est une manière d’envisager son activité comme ayant un impact. Un impact sur l’environnement, sur les humains, sur les animaux… sur le vivant au sens large. Et moi, en tant que personne, dans tout ce que je fais, j’ai envie de contribuer à un futur désirable. Un futur désirable pour les humains, mais pour les animaux aussi.

Je crois que cette conscience a commencé à l’adolescence. C’est là que j’ai commencé à comprendre que nos actions ont un impact sur les autres. Que l’on peut, parfois sans s’en rendre compte, faire vivre des choses négatives à autrui. Petit à petit, cette prise de conscience s’est invitée dans mes choix de consommation, au moment où j’ai commencé à vivre seule et à faire mes propres choix.

Puis il y a eu ma première grossesse, et là c’est devenu incontournable. Comme si je réalisais profondément qu’il y avait une vie après moi. Et que je me devais de prendre soin de l’environnement de ma fille… presque autant que d’elle.

Ça m’a amenée à réfléchir au-delà de notre cercle familial, à notre relation au vivant, et notamment aux animaux. L’expérience de l’allaitement, par exemple, a été un déclic très fort. Elle m’a fait devenir végane, parce que je ne pouvais plus accepter le fonctionnement de la filière laitière après avoir vécu cela dans mon propre corps.

Donc la responsabilité que je ressens aujourd’hui vis-à-vis du vivant et de la société s’est construite progressivement, à un niveau très personnel. Et en devenant indépendante, j’ai eu envie de la prolonger au niveau professionnel.

Aujourd’hui, je suis dans une forme de “jeune adulte professionnelle” : j’ai encore beaucoup à apprendre, mais j’ai la curiosité et la motivation pour faire évoluer ma pratique en cohérence avec mes valeurs.

Quelles actions RSE as-tu déjà mises en place dans le cadre de ton activité professionnelle ?

On me demande souvent comment peinture et engagement écologique peuvent être compatibles. Pour moi, l’activité artistique a justement été la réponse à mon besoin d’avoir une activité engagée. L’art n’est pas toujours perçu comme indispensable. On peut donc questionner son empreinte écologique. Mais je crois profondément au pouvoir du brainprint : l’empreinte positive sur les esprits.

La peinture est, pour moi, une manière de nous reconnecter à notre humanité. De nous rappeler ce qui compte vraiment. Et dans une époque troublée, je crois que cette fonction-là est essentielle.

Mon engagement est donc double. D’abord, augmenter l’impact inspirant de mon travail :

  • en choisissant des thématiques liées au lien humain-animal, et à notre rapport à notre environnement
  • en favorisant des collaborations avec des marques responsables, des institutions culturelles engagées ou des causes solidaires.

Ensuite, réduire autant que possible mon empreinte matérielle. Concrètement :

  • Je fais attention au choix de mon matériel artistique.
  • J’ai pensé mes process, jusque dans la gestion des déchets. Par exemple, je ne verse pas l’eau de lavage de mes pinceaux dans les canalisations. Je la stocke, je laisse l’eau s’évaporer, puis je dépose les résidus secs en déchèterie.
  • Pour mes expositions, j’utilise des emballages réutilisables et je mutualise les transports quand c’est possible.
  • Pour mes expéditions, je privilégie des emballages déjà utilisés et je limite le plastique.
  • Pour mon mobilier et mon matériel électronique, je privilégie le seconde main, le reconditionné, le rechargeable.
  • Je fais également attention au choix de mes partenaires : imprimeur local, entreprise adaptée, graphiste spécialisé en écoconception…
  • Et même dans la préparation de ma retraite, j’oriente mes investissements vers des fonds alignés avec les objectifs de l’Accord de Paris (traité international de 2015 sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, ainsi que sur leur financement suffisant)

C’est une démarche en amélioration continue. Je l’alimente grâce à une veille régulière, des formations, comme Créateurs Rev3, Graphic for Good ou Web for Good et des démarches collectives, comme la Fresque des Nouveaux Récits ou YesWeekLean avec Place de la Communication

Parmi les démarches RSE de Place de la Communication, lesquelles te parlent le plus (et pourquoi) ?

L’adhésion à 1% for the Planet avait retenu mon attention dès la présentation de l’association. Cette dimension de responsabilité sociétale a clairement participé à ma décision de rejoindre le réseau.

Après, je suis particulièrement sensible aux enjeux environnementaux.

Ce qui m’a marquée en arrivant, c’est l’engagement sur la mobilité douce. C’est rappelé à chaque événement. Vivant à la campagne, sans transport en commun, ce n’était pas un axe prioritaire pour moi parce que c’est plus complexe à mettre en place.

Mais ça m’a fait évoluer : j’ai pris une carte de métro, et désormais je laisse régulièrement ma voiture en parking relais pour me rendre à Lille.

Le numérique responsable, avec YesWeeklean, m’a aussi beaucoup intéressée, cela m’a permis de structurer mon action numérique à un moment précis de l’année, ce qui est très stimulant. Le numérique est une consommation invisible. On parle souvent des déchets matériels, visibles dans les bureaux ou lors d’événements, et c’est important. Mais l’attention portée aux déchets numériques, donc invisibles, m’intéresse au point que je me suis formée sur le sujet.

Je pense que l’impact de ce type d’action va au-delà des chiffres communiqués :

  1. parce que tout le monde ne communique pas son bilan
  2. parce que comme pour la mobilité douce, on y pense plus souvent et ça change nos habitudes.

La responsabilité sociale me touche un peu moins directement en tant qu’indépendante, mais je suis ravie de l’attention portée à l’équipe permanente et j’apprécie l’espace qu’on nous donne en tant que membres pour exprimer nos besoins et nos avis.

Quelles sont tes attentes vis-à-vis de l’association sur ce sujet ?

Je crois beaucoup à l’exemplarité et à la médiation.

Plus il y aura d’acteurs qui mettent en place concrètement une démarche RSE au cœur de leurs actions et qui en parle concrètement, plus les mentalités évolueront.

Une association comme Place de la Communication a un rôle important à jouer pour montrer que c’est possible, que c’est compatible avec la performance, et que c’est une dynamique collective.

Un dernier mot ?

Pour moi, la RSE, ce n’est pas seulement réduire ce qui se voit. C’est aussi prendre soin de ce qui ne se voit pas : les récits qu’on diffuse, les imaginaires qu’on entretient, l’impact qu’on a sur les esprits.

Dans la communication et dans l’art, cet invisible-là est immense. Et je crois que c’est là que se joue une grande partie de notre responsabilité.

Merci pour votre engagement dans la commission RSE, et pour ce temps d’échange.

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