Directrice de la communication et du développement des publics - Centre Historique Minier
Je dirais que mon rapport à la RSE est avant tout lié à mon métier et aux questions que je me pose au quotidien en tant que directrice de la communication.
Pendant longtemps, la RSE pouvait sembler être un sujet assez éloigné de nos préoccupations de communicants. Aujourd’hui, je pense au contraire qu’elle nous concerne directement : les supports que nous produisons, les messages que nous diffusons, nos usages numériques, nos événements, mais aussi la manière dont nous travaillons avec nos partenaires et nos publics.
Au Centre Historique Minier, cette réflexion prend une dimension particulière puisqu’elle s’inscrit dans un projet d’établissement qui place notamment la décarbonation, l’ancrage territorial et l’humain au cœur de ses priorités.
Ce qui m’intéresse, c’est justement de faire le lien entre ces grandes orientations et notre pratique quotidienne. La question n’est pas seulement : « Comment communique-t-on sur la RSE ? », mais aussi : « Comment notre communication peut-elle elle-même être plus responsable ? »
Et je crois qu’il faut accepter d’être dans une démarche de progression. Nous n’avons pas toutes les réponses et nous avons encore beaucoup de choses à faire évoluer, mais le fait de commencer à questionner nos pratiques me paraît déjà essentiel.
Nous avons commencé par des choses très concrètes, notamment sur nos supports de communication.
En 2025, nous avons par exemple intégré dans notre marché public d’impression le choix d’un imprimeur régional, afin de limiter les transports, et l’utilisation de papier 100 % recyclé pour nos impressions.
Cela peut paraître assez simple, mais c’est justement ce que je trouve intéressant dans la RSE : elle nous oblige à regarder autrement des décisions que nous prenions parfois presque automatiquement.
Nous travaillons également sur la sobriété numérique. Quelle quantité d’images ou de vidéos produisons-nous ? Quel est leur poids ? Sont-elles toutes nécessaires ? Faut-il systématiquement mettre des images dans nos signatures de mails ? Comment optimiser nos contenus ?
Nous commençons aussi à réfléchir à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans nos métiers et aux limites que nous voulons nous fixer.
Et puis il y a un autre sujet qui me paraît essentiel : la cohérence entre ce que nous disons et ce que nous faisons. Quand on communique sur les actions environnementales du musée, il faut être capable de rester factuel et d’éviter le greenwashing. La communication ne doit pas embellir artificiellement une démarche ; elle doit permettre de la rendre compréhensible et visible.
Enfin, pour moi, la RSE ne se résume pas à l’environnement. L’ancrage territorial est un vrai sujet au Centre Historique Minier. Le « Café des voisins », que nous avons lancé, en est un bon exemple : recréer du lien avec les habitants qui vivent autour du musée, aller à leur rencontre et faire davantage du musée un lieu inscrit dans son territoire.
Ce qui me parle particulièrement, c’est le fait de partir de préoccupations très concrètes et de chercher à faire évoluer les pratiques plutôt que de rester dans les grands principes.
Les actions autour de la sobriété numérique m’intéressent beaucoup, parce qu’elles interrogent directement notre quotidien de communicants. Nous sommes dans un métier qui produit énormément de contenus, d’images, de vidéos, de fichiers… Il faut donc aussi accepter de se demander si tout est nécessaire et comment faire autrement.
Mais ce que j’apprécie surtout chez Place de la Communication, c’est la dimension collective.
La RSE ne peut pas être portée uniquement par une personne « référente » ou par un service. Dans un musée, par exemple, la communication travaille avec quasiment tous les métiers : les équipes scientifiques, la médiation, les équipes techniques, les partenaires, les acteurs du territoire…
Il faut donc créer une culture commune. Et c’est là que le rôle d’un réseau professionnel est intéressant : on peut partager ses expériences, ses bonnes idées, mais aussi ses difficultés. Cela permet de ne pas avoir le sentiment que chacun doit réinventer seul ses propres solutions.
Oui, parce que les échanges avec d’autres professionnels permettent de regarder ses propres pratiques avec un œil différent.
On se rend compte que l’on peut parfois agir sur des choses très simples. Et surtout, que l’on peut commencer sans forcément attendre d’avoir une politique RSE parfaitement structurée.
C’est important pour moi, parce que dans nos métiers nous sommes souvent pris par l’urgence et par la production. Nous avons toujours une campagne à préparer, un événement à promouvoir, un support à boucler…
La RSE nous oblige justement à prendre un peu de recul.
Par exemple, sur la sobriété des supports, la question n’est pas forcément de supprimer la communication papier parce qu’elle serait par principe « mauvaise ». Il faut plutôt se demander : avons-nous réellement besoin de cette quantité ? À quel public nous adressons-nous ? Quel support est le plus pertinent ? Peut-on mieux cibler ?
C’est une manière différente de penser notre métier.
Et j’aime bien l’idée que cette démarche soit progressive. On teste quelque chose, on regarde ce que cela produit, on échange avec d’autres et on ajuste. Pour moi, c’est beaucoup plus efficace qu’une démarche qui chercherait immédiatement à être parfaite.
J’aimerais que Place de la Communication continue à être un lieu où l’on peut parler très concrètement de ces sujets.
Parce que les intentions sont souvent là, mais passer à l’action n’est pas toujours simple. Comment convaincre en interne ? Quels indicateurs utiliser ? Comment mesurer son impact ? Comment arbitrer lorsque les contraintes économiques, environnementales et professionnelles ne vont pas toutes dans le même sens ?
Les échanges entre pairs peuvent vraiment aider.
J’aimerais aussi que la RSE soit abordée dans toutes ses dimensions. On parle beaucoup de transition écologique, et c’est évidemment indispensable, mais les questions sociales et humaines me paraissent tout aussi importantes : l’inclusion, l’accessibilité de l’information, la diversité, les conditions de travail, la formation, l’évolution de nos métiers avec le numérique et l’IA…
Et puis il y a un sujet qui me tient particulièrement à cœur : celui de nos publics. Une communication responsable, c’est aussi une communication qui cherche à ne laisser personne au bord du chemin.
Pour moi, notre responsabilité de communicants est aussi là : rendre l’information accessible, compréhensible et utile au plus grand nombre.
Je dirais que la RSE nous oblige finalement à nous poser des questions assez fondamentales sur notre métier.
Nous sommes là pour produire des messages, attirer des publics, faire connaître des projets, créer de la visibilité. Mais nous devons aussi nous demander avec quels moyens nous le faisons, pour qui et avec quel impact.
Au Centre Historique Minier, cette réflexion rejoint assez naturellement notre projet : la décarbonation, l’ancrage territorial et la place de l’humain.
Je ne pense pas que la communication puisse à elle seule transformer une organisation. En revanche, elle peut accompagner le changement, le rendre visible, donner envie de s’y associer… et surtout, elle doit être cohérente avec ce qu’elle défend.
C’est finalement ce qui me paraît le plus intéressant dans la RSE : elle ne nous demande pas seulement de mieux communiquer sur nos engagements. Elle nous demande aussi de réfléchir à la façon dont nous exerçons notre métier.
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